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28/10/2019

Manon: jouer, chanter, séduire, mourir...

Manon de Jules Massenet
En direct du Metropolitan Opera
Vu le 26 novembre 2019 au cinéma Apéro de Jonquière

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Une belle production de l'opéra Manon, dans la même mise en scène de Laurent Pelly que j'ai vue en 2012 avec Anna Netrebko et Piotr Beczala. (Voir mon compte rendu )
La nouvelle Manon: Lisette Oropesa,  une magnifique soprano que je découvrais, comme sans doute la plupart des spectateurs dans la salle du met et dans les cinémas du monde, car elle a jusqu'ici peu joué sur les scènes majeures. Elle est superbe: beau timbre agile et agréable, diction française impeccable.
Et comédienne accomplie: son jeu intense est séduisant dans le registre comique autant que tragique. Son énergie et sa vivacité dans les premières scènes nous emportent littéralement. Et elle sait mourir à la fin tout en chantant son désespoir....
Seul passage plus faible de ce point de vue, celui qui se passe à l'église Saint-Sulpice. Manon va y retrouver le Chevalier Des Grieux (qui se destine à la prêtrise) qu'elle aime toujours même si elle l'a trahi. Pour le séduire, elle se présente en déshabillé (une invraisemblance totale!), se jette à ses pieds, lui prend les mains, commence à le dévêtir, s'étend sur le petit lit de fer. Mais on n'est pas convaincu, car elle ne semble pas à l'aise dans ce type de scène et son corps plutôt athlétique ne dégage pas la sensualité, sinon la lascivité attendue. Ce qui n'empêche pas Des Grieux de succomber à ses avances!!

Ce dernier est joué par le ténor Michael Fabiano,  qui nous offre une voix sûre et bien mûrie, une bonne technique, un souffle puissant. Son jeu est moins nuancé que celui de sa compagne, mais c'est compréhensible puisqu'il doit projeter à pleine voix presque tout du long.
Le baryton Artur Rucinski, dans le rôle de son cousin Lescaut, chante plutôt bien mais prononce fort mal le français. Les rôles secondaires sont en général fort bien tenus, exception faite de Kwangchul Youn, dont la voix de basse a connu de sérieux problèmes lors de cette représentation.
Une belle scénographie, axée sur les contrastes, par exemple entre les groupes d'hommes et les groupes de femmes, présentés comme prédateurs et proies plus ou moins consentantes (la scène où les messieurs enlèvent les ballerines ne passerait plus dans une oeuvre créée aujourd'hui!), entre les costumes noirs de ceux-ci et les tenues froufroutantes de celles-là, entre la première scène, joyeuse et enlevée et la dernière, où Manon meurt dans les bras de son amant.
Les grands airs comme Je marche sur tous les chemins, Adieu notre petite table et Ah Fuyez douce image furent à la hauteur de mes attentes. L'orchestre sonnait bien sous la baguette de Maurizio Benini.
Bref, quatre heures de bonheur musical...

06/04/2017

La Traviata: prouesses et profondeur

La Traviata, de Giuseppe Verdi
En direct du Metropolitan Opera
Vu le 11 mars 2017 au Cinéma Jonquière

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Performance éblouissante de Sonya Yoncheva, qui offre une Violetta idéale: technique impeccable, nuances, prouesses vocales. Et un jeu inspiré: on peut suivre chaque frémissement de son âme dans ses gestes et sa physionomie, tout en s'abandonnant à sa voix magnifique.

J'étais étonnée d'entendre, à l'entracte, l'anglais impeccable du ténor Michael Fabiano, qui traviata,sonya yoncheva,michael fabiano,cinéma jonquière,metropolitan operaincarne son amant Alfredo: je le croyais italien vu son nom... mais il est étasunien! L'air d'abord un peu niais dans son costume étriqué, il s'affirme comme homme et amant au fur et à mesure que l'action progresse: superbe!
Dommage que le baryton Thomas Hampson ne soit pas à la hauteur, avec sa voix fatiguée et son jeu sans nuances, incapable de rendre justice à l'extraordinaire partition écrite par Verdi pour le personnage de Giorgio Germont, l'homme ordinaire et néanmoins source de tout ce drame.
Partie orchestrale formidable, et sur scène, des arias connues qui se succèdent, Sempre libera, Addio del passato, Di Provenza il mar:  tellement de belle musique qu'on frôle la saturation, et pourtant on en redemande.
Scénographie remarquable de Wolfgang Gussmann (que j'avais vue en 2012): la grande horloge et le médecin évoquent la fatalité du destin, la robe rouge de Violetta est un personnage à elle seule, les jeux de vêtements et de tissus marquent les pulsations du drame.
Encore une fois, un bel après-midi à l'opéra.

En complément:
Article de Christophe Huss dans le Devoir

 

23/11/2014

Ornements et roucoulements

Le Barbier de Séville, de Gioachino Rossini, en direct du Metropolitan Opera, le samedi 22 novembre 2014 au Cinéma Jonquière.

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Difficile de résister aux charmes de ce Barbier de Séville présenté au Metropolitan Opera et diffusé samedi (22 novembre) au Cinéma Jonquière.
Dans le rôle de la jeune et jolie Rosina, Isabel Leonard exulte littéralement: elle démontre une absolue joie de chanter et  se moque des embûches de sa très rossinienne partition. Ornements, arpèges, trilles et autres fioritures acrobatiques: elle nous sert tout cela avec une agilité déconcertante, de son beau et clair timbre de mezzo, gracieuse, élégante, féminine et expressive. (On l'a vue récemment en jeune garçon dans Les noces de Figaro: tout un contraste!)
Le ténor Lawrence Brownlee, dans le rôle de son prétendant le comte Almaviva, n'a peut-être pas tout à fait le physique de l'emploi. Toutefois il chante (presque) aussi bien qu'elle, même si chez lui l'effort est plus apparent: ses épaules, sa tête, tout son corps tressautent et vibrent pour nous livrer ses brillantes et prodigieuses mesures.
Christopher Maltman nous offre un magnifique Figaro: très expressif, excellent comédien, il a un timbre superbe. Il manque à quelques rares moments d'agilité vocale, notamment dans le Largo al factotum, un des plus célèbres -et des plus périlleux- airs pour baryton.
Maurizio Muraro impose un Bartolo détestable à souhait: tuteur de Rosina, il la tient prisonnière et veut l'épouser, bien qu'il soit laid et déjà âgé. Il joue fort bien, chante assez correctement, bien que son registre de basse semble un peu limité.

Les autres chanteurs sont musicalement corrects, sans grand éclat, mais très bons comédiens.

La mise en scène de Bartlett Sher est plutôt discrète: à part quelques incontournables cabrioles et poursuites, il permet en général aux acteurs-chanteurs de consacrer toute leur énergie au chant, au tempo, à la synchronisation avec l'orchestre... pour le plus grand plaisir de leur auditoire.

Il leur offre même l'occasion de chanter quelques passages directement devant le public, presque comme en récital, grâce à la passerelle aménagée entre la fosse et la salle.
Une production fort agréable en somme: que de la musique, brillante et colorée, des airs célèbres, des mélodies vives et joyeuses, aussi belles à l'orchestre (sous la baguette de Michele Mariotti) qu'à la scène, d'où nous parvient une éblouissante leçon de bel canto.
Une comédie romantique, pimentée de quelques pitreries et revirements qui font rire, amusante et d'autant plus réjouissante que Bartolo, le barbon qui veut marier Rosine sous la contrainte, est dénoncé et puni.

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On regrette seulement que toute la finale n'appartienne qu'au comte Almaviva, qui chante pendant au moins dix minutes pour célébrer son amour et son union avec la charmante Rosina: Brownlee chante très bien, mais j'aurais vraiment aimé entendre encore Isabel Leonard, dont le personnage devient, à ce moment précis, étrangement muet.
Enfin, ça c'est la faute à Rossini: il aurait dû penser à équilibrer davantage cette dernière scène.
Dans Le Devoir, le critique Christophe Huss s'insurge (une fois de plus) contre la mise en images de cette production du Met, assez désastreuse en effet. Pas moyen de voir en même temps deux personnages qui pourtant se donnent la réplique, ni une scène d'ensemble: toujours ces gros plans énervants sur l'un ou l'autre qui nous privent de comprendre ce qui se passe sur la scène.

Il a raison, mais pour ma part j'ai décidé de ne plus m'occuper de cela. Je refuse de laisser ces détails gâcher mon plaisir... et je me concentre précisément sur ce plaisir.

Il me fut cette fois offert par des artistes de qualité qui ont su faire pétiller et vibrer ce chef-d'œuvre de l'opéra-bouffe italien.