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05/05/2011

Il Trovatore: flammes, passion et bel canto

Il faut aimer l'opéra pour aller s'enfermer dans une salle obscure alors que la première journée vraiment printanière brille de tous ses feux et nous invite à jouer dehors.

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J'aime donc l'opéra, puisque ce samedi 30 avril, je suis allée voir Il trovatore, de Giuseppe Verdi, production du Metropolitan Opera diffusée en direct au Cinéma Jonquière. Parfois on nous présente la première d'un opéra, cette fois je crois qu'il s'agissait de la dernière des représentations (qui ont débuté en novembre) de cette production dont la mise en scène est signée David McVicar. Bande-annonce et extrait vidéo au bout de ce lien.

Je connaissais vaguement quelques airs, mais pas vraiment cette oeuvre pourtant très célèbre. Le synopsis est tellement compliqué que personne ne le comprend vraiment: une femme et un enfant  jetés dans un bûcher, la vengeance, la passion, la jalousie. Il y a des combats dont l'issue n'est pas montrée immédiatement, des motivations difficiles à comprendre. On peut s'appuyer cependant sur l'éternel triangle opératique:  le méchant baryton et le bon ténor s'affrontent pour l'amour de la soprano, qui meurt à la fin, ainsi qu'au moins un des deux rivaux.

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(Marcelo Alvarez et Sondra Radvanovsky dans la scène finale)

La mise en scène qui divise le plateau en deux rend les choses aussi claires que possible en réglant la question des  changements de décors, remplacés par le pivotement d'une  partie de la scène, mais plusieurs points demeurent malgré tout obscurs. Peu importe d'ailleurs, si la musique est bien servie. Et quelle musique! riche, puissante, nuancée, présentée correctement mais sans éclat particulier par le chef Marco Armiliato et ses musiciens.

Les quatre premiers rôles du Trouvère requièrent autant d'interprètes solides, tant du point de vue dramatique que vocal, et nous les avions somme toute: chacun a été inégal, a connu quelques ennuis vocaux, mais chacun a aussi été excellent aux moments-clés, laissant passer l'émotion et la tension avec un contrôle technique de haut niveau. Les scènes à deux personnages ou plus étaient très bien menées, de même que les prestations du choeur, et finalement, la tragédie dans ce qu'elle a de plus poignant s'est incarnée dans les voix, dans les visages des protagonistes, le drame est devenu réel sous les yeux des quelque 150 spectateurs présents.

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Sondra Radvanovsy (photo ci-contre), une soprano américaine au visage ouvert et attrayant, possède une voix naturellement puissante et bien projetée, plysique idéal pour le rôle de Leonora. Son jeu est intense, surtout dans la scène du sacrifice final, qui nous arracherait des larmes. Les notes très aiguës m'ont semblé moins belles, mais je ne puis pas juger avec certitude, cela tient peut-être au système sonore du cinéma, et cette remarque vaut pour tous les autres interprètes de toutes ces diffusions.

Le ténor argentin Marcelo Alvarez (site officiel: en quatre langues... mais pas en français) a été le plus inégal des quatre, avec de moins bons et de meilleurs moments, sans doute meilleurs quand il chantait avec ses partenaires, mais enfin, son timbre est agréable et il a bien accompli son travail.

Le baryton sibérien Dmitri Hvorostovsky (pas grand-chose sur ce lien en français, où son nom est d'ailleurs mal orthographié), grande vedette internationale, véritable rock star de l'opéra, fut acclamé avec passion par le public new-yorkais après la représentation. (Il a donné un concert à Montréal l'an dernier et il était au programme à Québec ce mercredi mais le concert a été annulé).

il trovatore,radvanovsky,hvorostovsky,metropolitan,mcvicarBeau visage aux traits réguliers, superbe tignasse blanche devenue sa marque de commerce, mince et bien fait, il chante avec puissance et naturel. C'était impressionnant de le voir reprendre son souffle pendant les applaudissement qui ont suivi son grand solo: il venait manifestement de tout donner.

Et enfin Dolora Zajick (site en anglais seulement, désolée) incarne la gitane Azucena, celle par qui tout arrive, dont la mère a été brûlée, qui a jeté son propre enfant au feu et qui maintenant réclame vengeance. Visage singulier et casting parfait, très belle voix de mezzo aux accents étranges dans le grave, mais ce qu'elle prononce mal l'italien! (ses partenaires étaient un peu meilleurs à ce chapitre, mais pas terribles eux non plus).

La scénographie très réussie installe un univers qui évoque celui du peintre Goya.

Bref, j'ai bien apprécié ce Il trovatore du Met:  une belle production, pas trop longue (trois heures, c'est raisonnable), servie par d'excellents artistes, agréable musicalement et visuellement. .

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