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16/04/2012

La Traviata: souffrante... et magnifique!

La Traviata

En direct du Metropolitan Opera, le samedi 14 avril 2012

Musique: Giuseppe Verdi

Livret: Francesco Maria Piave d'après La Dame aux camélias, d'Alexandre Dumas fils

Mise en scène: Willy Decker

Direction musicale: Fabio Luisi

Interprètes: Natalie Dessay, Matthew Polenzani, Dmitri Hvorostovsky

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La dernière retransmission du Metropolitan Opera samedi au cinéma Jonquière: La Traviata de Verdi, a connu un grand succès: tous les sièges étaient occupés. J'ai aimé la scénographie dépouillée et intemporelle, cette grande horloge qui évoque le temps compté à Violetta, et tous ces tous ces éléments en forme de croissant ou de demi-lune. La mise en scène de Willy Decker est correcte, mais n'évite pas la confusion au sujet des lettres échangées et des motivations de chaque personnage.

Natalie Dessay, qui a bien failli ne pas pouvoir chanter, fait -presque- toute la valeur et la saveur de cette production. La soprano s'est désistée le soir de la première, et il était facile de comprendre pourquoi samedi en l'entendant répondre avec difficulté aux questions de Deborah Voigt à l'entracte, la voix manifestement très affectée par une quasi extinction... et manifestement malheureuse ce cette situation. Malgré cela, malgré quelques difficultés non seulement à atteindre les aigus (elle en a raté quelques-uns), mais simplement par moments à faire sortir le son, elle est éblouissante. Comme comédienne, elle est entièrement là, entièrement Violetta Valéry. Joie, peine, regret, espoir:  tout est dépeint dans les moindres nuances par son jeu, son visage, ses gestes.

Robe rouge, robe blanche (pour elle) sur des fauteuils et divans de cuir aux mêmes couleurs: l'effet est intéressant. Peignoirs fleuris (pour elle et lui) sur meubles recouverts du même tissu fleuri:  trop, c'est trop.

Mais quelles grandes arias: Libiamo, Sempre libera (vidéo ci-dessous)... on sort du premier acte joyeusement imbibé de bel canto. Et à la fin, son Addio del passato, peut-être plus facile vocalement, est totalement émouvant. D'ailleurs toute la finale est parfaitement réussie:  crédible et touchante.

J'écris comme s'il n'y avait qu'elle dans cet opéra. C'est que les partenaires masculins de Mme Dessay ne sont pas tout à fait à la hauteur. Le ténor Matthew Polenzani, qui joue le rôle de son amant Alfredo, possède une belle voix et chante plutôt bien, mais son jeu est uniforme et son visage manque singulièrement d'expression.

Quant au baryton Dmitri Hvorostovsky, malgré sa réputation, son statut de vedette, et son excellence dans d'autres productions, ce fut la déception de cette Traviata. Malgré ses cheveux blancs, il n'est pas crédible dans le rôle du père d'Alfredo. De plus, il arborait un bronzage si intense qu'il en était ridicule.

Par ailleurs l'orchestre est fort agréable à entendre sous la baguette de Fabio Luisi. Et les choeurs se montrent dynamiques et bien chorégraphiés.

Nous avons eu droit à une présentation vidéo des opéras du Metropolitan qui seront retransmis la saison prochaine: plusieurs oeuvres s'annoncent intéressantes.

Autres points de vue sur La Traviata du Met au cinéma:

Christophe Huss dans Le Devoir

Jack sur son blogue

10/04/2012

Manon: oui et non

Manon

En direct du Metropolitan Opera, le samedi 7 avril 2012 au cinéma Jonquière

Musique: Jules Massenet

Livret: Henri Meilhac et Philippe Gille, d'après le roman de L'Abbé Prévost

Mise en scène: Laurent Pelly

Direction musicale: Fabio Luisi

Interprètes: Anna Netrebko, Piotr Beczala, Paulo Szot, David Pittsinger

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Deux jours après avoir vu Manon, de Julles Massenet, en direct du Metropolitan Opera au Cinéma Jonquière, je suis incapable de dire si j'ai vraiment aimé cette production.

Je connais assez bien l'oeuvre, j'en aime beaucoup la musique, qui fut d'ailleurs très agréable à entendre  sous la baguette du maestro Fabio Luisi. J'ai beaucoup écouté deux de ses arias,  "Je marche sur tous les chemins" (cliquez sur l'image ci-dessus pour entendre un extrait de la 2e partie sur Youtube),  et  surtout "Ah fuyez douce image", un air qui me suit depuis l'adolescence: il correspond à quelque chose en moi et je l'écoute encore dans mon auto, chanté par Richard Verreau.
Mais ce ne sont pas ces deux grands passages que j'ai le plus appréciés dans cette production du Met: ils m'ont semblé corrects, agréables sans plus.

manon,massenet,metropolitan opera,anna netrebko,piotr beczala,laurent pelly,des grieux,manon lescautAnna Netrebko joue assez bien la passion, les sentiments forts, sans cependant entrer totalement dans le personnage de Manon. Et malgré ses nombreuses qualités, elle n'est pas idéale vocalement pour cette musique: beaucoup d'approximations, manque d'agilité, quelques aigus carrément ratés. Son partenaire, le ténor polonais Piotr Beczala (le Chevalier Des Grieux), offre en revanche une technique très sûre, un chant élégant et raffiné. Il manque un peu de volume toutefois et force trop sa voix dans les fortissimi. (Je les ai vus tous deux dans Lucia di Lammermoor en 2009).

La scène finale, où Manon meurt dans les bras de son amant sur la scène presque vide dans une ambiance d'après-guerre, est quant à elle vraiment réussie, dramatiquement et musicalement.

manon,massenet,metropolitan opera,anna netrebko,piotr beczala,laurent pelly,des grieux,manon lescautJ'ai aimé la touche française de l'ensemble. D'abord bien entendu le livret, inspiré à Henri Meilhac et Philippe Gille par le roman de L'Abbé Prévost.

Ensuite l'équipe, Laurent Pelly à la mise en scène et aux costumes, et  Chantal Thomas à la scénographie. Les maisons en trompe-l'oeil à échelle réduite, le décor (dépouillé) en rampes et  escaliers, en lignes obliques et jeux d'échelle. Le contraste entre l'exubérance sensuelle des costumes féminins et la sobriété sévère du décor, auquel répond le contraste entre l'austérité de Saint-Sulpice et la scène torride qui s'y déroule: c'est inventif et dynamique.

Pas évident de mettre en scène cet opéra dont les contours narratifs et la logique psychologique sont flous à plusieurs endroits. Le personnage de Manon est difficile à cerner: naïve jeune fille victime de conventions sociales hypocrites, coquette amorale, bombe sexuelle, écervelée cupide: il faut montrer tout cela, et ce fut bien fait il me semble.

Mais il penche en définitive vers le côté avide (pour le sexe, l'argent, le plaisir) du personnage, ce qui a fort déplu aux critiques new-yorkais. Ils n'ont pas apprécié non plus qu'on installe la chambre de Des Grieux dans l'église, ni, dans ce lieu même, l'entreprise de séduction d'une Manon extrêmement lascive qui commence à déshabiller Des Grieux sous nos yeux. Ils n'ont pas aimé enfin que des messieurs bien mis enlèvent les jeunes ballerines à la fin du ballet. Que voulez-vous, c'est français!

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Plusieurs rôles secondaires intéressants. Le ténor Christophe Mortagne (Guillot de Morfontaine) Français à la diction impeccable, artiste polyvalent (il est aussi magicien) et plus tout jeune, spécialisé dans les rôles comiques, davantage parlés que chantés, offrit avec brio les quelques moments comiques de l'après-midi. Il se montra cependant incapable de répondre aux questions de Deborah Voigt à l'entracte, soit à cause de la langue ou du trac. L'animatrice et un autre chanteur ont dû intervenir pour meubler le silence et compléter ses phrases, c'était un peu pénible.
J'ai bien aimé aussi le baryton David Pittsinger (vedette de la comédie musicale South Pacific, version 2008!), dans le rôle du comte des Grieux (le père du Chevalier) et Bradley Garvin dans celui de Brétigny. Le baryton Paulo Szot qui jouait Lescaut, le cousin de Manon, était un peu fade et moins intéressant.
Bref, j'hésite encore... au sujet de cette Manon, qui m'a fait passer en somme quelques bons moments.

24/01/2012

The Enchanted Island: le baroque enchanté

The Enchanted Island

Musique: Haendel, Vivaldi, Rameau, et autres

En direct du Metropolitan Opera, le samedi 21 janvier 2012

Livret original: Jeremy Sams (d'après Shakespeare)

Mise en scène: Julian Crouch

Direction musicale et adaptation: William Christie

Interprètes: David Daniels, Danielle De Niese, Joyce DiDonato, Luca Pisaroni, Placido Domingo 

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Moi qui affirme depuis toujours aimer la musique baroque, j'ai éprouvé quelques doutes quand j'ai assisté en décembre dernier à la projection de Rodelinda de Haendel, présenté au Metropolitan Opera: le contre-ténor avait un filet de voix et je m'y étais un peu ennuyée.

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Est-ce que j'aime vraiment cette musique, m'étais-je demandé? La réponse est un immense oui, conforté par cette autre production du Met que j'ai vue samedi au cinéma Jonquière: The Enchanted Island, un nouvel opéra, un "pastiche baroque". Le livret de Jeremy Sams assemble deux pièces de Shakespeare plus un certain nombre d'éléments originaux, et le texte en anglais (un anglais de grande qualité m'a-t-il semblé à la lecture des sous-titres) est associé à plus de 40 pièces de musique baroque, en grande majorité de Haendel mais aussi de Vivaldi, Rameau, Purcell et quelques autres.

Après quelques moments d'inquiétude dans la salle du cinéma car un problème technique empêchait la transmission (c'était ainsi partout au Québec nous a-t-on dit), ce qui nous a fait manquer la présentation et l'ouverture, nous avons été d'un coup plongés dans ce monde, happés par la beauté, la profondeur et la richesse de cette musique servie par des interprètes de haut niveau.

Enfin un haute-contre, David Daniels, qui chante (le rôle de Prospero) superbement et à plein volume, à qui la soprano Danielle De Niese (Ariel), véritable tourbillon de charme et d'entrain, donne la réplique en multipliant les ornementations avec une extraordinaire aisance, tandis que l'orchestre, dynamique et percutant, dirigé par William Christie (l'un des initiateurs du projet, avec le directeur du Met Peter Gelb), ponctue et accentue chaque passage de façon enlevante.

Tous les interprètes font assaut des plus grandes qualités vocales et dramatiques, que ce soit la magnifique mezzo Joyce DiDonato, en sorcière, ou bien le superbe baryton-basse Luca Pisaroni (tous deux sur la première photo), celui-là même qui jouait Leporello dans le récent Don Giovanni du Met, et qui apparaît ici sous les traits de son fils, le difforme Caliban, tragique zombie aux oripeaux death metal. Ou encore Lisette de Oropesa, excellente dans le rôle de Miranda, et l'autre contre-ténor, le jeune Anthony Roth Constanzo (il a d'ailleurs remplacé David Daniels dans le rôle de Prospero pour quelques représentations de L'Île enchantée), qui nous charme par la beauté de sa voix dans son (seul) grand solo et dans son duo. Chacun des membres du quatuor des naufragés est tout aussi agréable à voir et à entendre.

the enchanted island,metropolitan opera,david daniels,danielle de niese,joyce didonatoL'histoire se passe sur une îleProspero règne en tyran. Une tempête (celle de Shakespeare!) y déverse deux couples en voyage de noces qu'on n'attendait pas. Quelques-uns de ces naufragés, ayant absorbé des potions magiques mal dosées ou qui ne leur étaient pas destinées, forment des couples improbables avec les habitants de l'île, qui eux voudraient bien se libérer du joug de Prospero. C'est une histoire amusante, charmante, étonnante, qui fait place à quelques beaux moments d'intense émotion.

Pour les créateurs, une occasion unique de mettre en lumière des décors fabuleux et fantaisistes (parfois un peu kétaines mais bon): une caverne, une forêt magique, des arbres qui s'illuminent, des animaux fantastiques, la mer, les bateaux, les vagues.

Et la grandiose apparition de Neptune, en direct de l'océan sur son trône en forme de coquillage, entouré de sirènes et autres créatures marines. Ce dieu de la mer est chanté par Placido Domingo, qui fêtait ce jour-là son 71e anniversaire: un peu fatigué mais chantant encore assez bien ce rôle bien fait pour lui. "C'est la première fois que j'interprète un dieu", disait-il à Deborah Voigt à l'entracte.

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Il y a aussi un extraordinaire ballet, pastiche moderne et déjanté du traditionnel ballet d'opéra.

Les puristes hurleront peut-être (d'ailleurs ils ont hurlé dans certains médias new-yorkais), mais pour moi c'est une réussite totale. Tout y est: voix, musique, décors, livret intelligent et inventif (sauf peut-être quelques longueurs, quelques scènes un peu inutiles en deuxième partie): on ne se lasse pas d'écouter et de regarder.

Mais en premier lieu sans doute, il y a cette impression très nette que toute l'équipe, autant les concepteurs que les chanteurs-acteurs, met toute son énergie, travaille dans la même direction et se donne à fond pour faire exister cette merveilleuse fantaisie, dans le seul but de créer un lieu et un espace de plaisir partagé.

Même loin, même au cinéma on sentait bien, grâce à la magie du direct, cette chimie, ce petit plus, cette étincelle qui s'allume quand tout le monde est en phase et totalement engagé, bref, quand le tout est plus grand que la somme des parties.