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12/12/2011

Faust et ses grands airs

J'ai été initiée à la musique par les grands airs d'opéra, surtout français, grâce aux 78-tours de mon père que j'ai écoutés en boucle pendant mon enfance et mon adolescence, et que j'écoute encore avec plaisir aujourd'hui.

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Je connaissais donc les grandes arias (et le synopsis) du Faust de Gounod, mais ne l'avais jamais vu sur scène. C'est chose faite: je l'ai vu... au cinéma Jonquière, qui retransmettait la production du Metropolitan Opera. Nouvelle mise en scène de Des McAnuff, qui transpose l'action au 20e siècle (plutôt qu'au 16e), faisant de Faust un émule d'Oppenheimer, un savant qui regrette d'avoir contribué à développer la bombe atomique quand il en constate les effets dévastateurs.

Cela n'apporte pas grand-chose au scénario, créant même au passage quelques incohérences (en retrouvant la jeunesse, Faust souhaite retrouver l'amour plutôt que de contrer les effets de la guerre), anachronismes (par exemple un duel à l'épée) et incongruités (Marguerite tue son enfant sous nos yeux, en le plongeant dans un lavabo...). En revanche, c'est l'occasion d'installer une scénographie moderne et originale, à base d'escaliers et de barreaux de métal, qui crée une atmosphère encore plus délétère que celle commandée par l'opéra.

Impossible en revanche (du moins pas cette fois) de résoudre, pour les auditeurs d'aujourd'hui, surtout les jeunes, le problème central posé par le volet religieux de ce livret, notamment les bondieuseries et la notion de châtiment divin qui plombent la fin de l'opéra.

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Mais comme toujours, je ne m'attarde pas vraiment au décor, aux déplacements, à l'imagerie. Je vais à l'opéra pour la musique. Et j'ai pris un réel plaisir à écouter cette merveilleuse musique de Charles Gounod.

Les grands airs... y étaient. Mais depuis cet automne, le son des retransmissions du Met est plutôt mauvais: impression de son étouffé, inégal selon les déplacements des chanteurs, voix qui ne sortent guère, de sorte que c'est difficile de juger. Mais enfin, chacun y est allé avec une belle force: Jonas Kaufmann fait un Faust fort crédible, au physique séduisant, à la voix veloutée et curieusement sombre pour un ténor. Il joue bien et chante de belle façon le Salut, demeure chaste et pure (on peut l'entendre sur la vidéo -statique- ci-dessous), donnant tout ce qu'il a physiquement et vocalement pour le grand contre-ut final, correctement livré, sans plus. (Mais j'ai été gâtée avec Richard Verreau...)

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Marina Poplavskaya fait une très belle Marguerite, plus émouvante que technicienne. Son célèbre Air des bijoux, dramatique et bien incarné sur la scène, vient nous chercher même si elle ne domine pas complètement le sujet. Le baryton canadien Russell Braun, qui joue le Valentin, le frère de Marguerite, est assez intéressant dans son air Avant de quitter ces lieux, même si en l'occurrence le son était particulièrement mauvais, tandis que la mezzo-soprano québécoise Michèle Losier donne toute la fraîcheur attendue au personnage de Siébel (le jeune amoureux de Marguerite) et met en évidence une voix chaude et riche dans l'air Faites-lui mes aveux.

Finalement, j'ai deux étoiles à distribuer. La première à la basse René Pape, qui semble bien s'amuser à jouer Méphistophélès, le diable qui offre à Faust de retrouver sa jeunesse. Aussi bon, sinon meilleur, dramatiquement que vocalement dans ce rôle-fétiche, il mène le bal avec une grâce ironique, et module avec souplesse les variations du personnage, comique au début, plus sombre à la fin. Et de tous, c'est lui qui articule le mieux le français, même si les autres font quand même bonne figure.

faust,gounod,metropolitan opera,nézet-séguin,poplavskaya,jonas kaufmann,rené pape,des mcanuff(Scène de la mort de Valentin, avec René Pape, Roberto Alagna (Faust) et Jean-François Lapointe, au théâtre antique d'Orange)


Ma deuxième étoile va au maestro québécois Yannick Nézet-Séguin, qui conduit l'orchestre du Met avec assurance, en lui insufflant couleurs et force dramatique, accompagnant avec sensibilité les moindres nuances des voix et des émotions. Il magnifie encore, si la chose est possible, cette partition déjà extraordinaire.

Bien que la partie orchestrale demeure formidable à entendre jusqu'à la toute fin, il est dommage que le livret se désagrège ainsi dans le dernier acte vers des histoires de religion et de damnation qui étirent inutilement une sauce déjà bien longue. Ou c'est le metteur en scène qui n'a pas su traiter ces aspects de façon convaincante. Au moins dans cette version, Marguerite monte un escalier plutôt que d'être transportée au ciel par les anges.

04/12/2011

Rodelinda: le baroque et le Met

Rodelinda, de G.F. Haendel

En direct du Metropolitan Opera, le samedi 3 décembre 2011

Mise en scène: Stephen Wadsworth

Direction musicale: Harry Bicket

Interprètes: Renée Fleming, Andreas Scholl, Stephanie Blythe, Iestyn Davies, Kobie van Rensburg

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Un opéra de Haendel au Metropolitan, et pas le plus connu: Rodelinda. Je suis allée le voir (au cinéma Jonquière) surtout pour la musique, car j'aime beaucoup le baroque, et ensuite pour les deux principaux interprètes, la soprano Renée Fleming et le contre-ténor Andreas Scholl.

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Une expérience un peu étrange, en demi-teintes pourrais-je dire. Le style baroque et celui des opéras du Met sont antagonistes à la base. Une fois cela dit, les responsables de la production à New York ont décidé de foncer: de mettre toutes les ressources scénographiques (financières sans doute aussi), dramatiques, vocales et orchestrales, bref toute la gomme au service d'un opéra qui en principe, ne demande rien de tout ça. Ce fut fait d'abord en 2004, puis repris en 2006, et ce que l'on voit en 2011 est, dit-on, la même production, avec quelques légères modifications et des interprètes différents autour de Renée Fleming.

Pour moi, le baroque, c'est, dans une salle de quelques centaines de sièges, un petit orchestre, des instruments d'époque tels que flûte à bec, viole de gambe, clavecin et des chanteurs, quand il y en a, spécialistes du genre (souvent des contreténors), des airs qui ont la particularité de répéter le même thème (et les mêmes phrases) des dizaines de fois. C'est beau, intime, calme, égal: il n'y a pas de grands contrastes entre les temps forts et les temps faibles.

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La Rodelinda du Metropolitan Opera (cliquez sur l'image pour voir une vidéo avec interview -traduite en français- de Renée Fleming), intègre ces éléments dans une grande production, à l'américaine, tendance romantique, big pour tout dire. Les chanteurs quittent le stoïcisme du baroque pour bouger, pleurer, crier, bref, exprimer des sentiments comme dans un opéra de Verdi.

Parmi eux, deux contre-ténors. Dans ce choix de mise en scène classico-romantique, leur registre de soprano sonnait étrangement. Je suis sûre que plusieurs personnes dans la salle ont été étonnées, et peut-être dérangées, en entendant les premières mesures chantées par Andreas Scholl, l'un des plus réputés spécialistes du baroque. Technique impeccable et beau timbre, mais un volume assez faible: si nous l'entendions assez bien dans la projection vidéo, j'ai rodelinda,renée fleming,andreas scholll'impression que sa voix ne devait pas remplir l'immense vaisseau du Metropolitan Opera. L'autre contre-ténor, le britannique Iestyn Davies (photo ci-contre), a donné à mon avis une meilleure prestation.

Renée Fleming aime chanter le baroque, mais ce n'est pas sa spécialité. Elle a éprouvé des difficultés avec les aigus et avec le rythme: une prestation que je dirais inégale, par cette belle rousse séduisante. Et son duo "Io t'abbraccio",  avec Scholl, était formidable. Son fils était joué par un charmant jeune garçon, très performant dans ce rôle important bien que muet.

Stephanie Blythe  connaît très bien le genre et chante de façon superbe.

Pour Kobie van Rensburg et le baryton-basse Shenyang, c'était so-so, comme on dit à New York.

L'orchestre, imposant en nombre de musiciens, sonnait fort bien, avec une couleur baroque  perceptible grâce à l'ajout de quelques flûtes à bec, clavecins et théorbes.

Le tout joué dans de somptueux et gigantesques décors, l'une des scénographies les plus complexes et les plus lourdes utilisées au Met, comme on a pu le voir à l'entracte. Tellement big, les décors, que les changements ont nécessité deux entractes de 20 minutes chacun. Baroques, oui, mais pas musicalement baroques. Un drôle de mélange.

Autres remarques: diction italienne plutôt ordinaire en général, et une scène de combat, vers la fin, totalement ratée (j'ai l'impression qu'il y a eu un problème technique). Et il a fallu attendre le deuxième des trois actes pour que le spectacle commence à lever. Jusque-là, c'était un peu soporifique.

Ceci dit, j'ai quand même bien aimé mon après-midi de cinéma-opéra.

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Jack et moi étions pas mal d'accord, même si nous l'avons exprimé en des termes différents: lui ici.

23/11/2011

Don Giovanni: le (toujours aussi) divin Mozart

Don Giovanni, de W. A. Mozart

En direct du Metropolitan Opera, au cinéma Jonquière, le 29 octobre 2011

Mise en scène: Michael Grandage

Interprètes: Mariusz Kwiecien, Luca Pisaroni, Barbara Frittoli, Marina Rebeka, Mojca Erdmann, Ramón Vargas

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Les critiques publiées aux États-Unis ont été assassines pour cette production... mais leurs auteurs n'ont pas vu le même spectacle que moi. Ils ont assisté à la première (ou à la deuxième), tandis que moi j'ai vu une représentation subséquente... que j'ai adorée à tout point de vue.

Partition sublime au départ (du divin Mozart...), excellents -et nombreux- interprètes, ce qui est rare, car il y en a en général un ou une qui détonne, que ce soit au Met ou ailleurs. Le baryton polonais Mariusz Kwiecien (photo ci-dessus) est vraiment superbe dans le rôle-titre, et l'autre baryton, Luca Pisaroni, qui incarne son comparse Leporello est un chanteur de grande classe doublé d'un acteur formidable. Marina Rebeka (Donna Anna) chante divinement. Et Mojca Eddmann (Zerlina) est fabuleuse de fraîcheur juvénile et de pureté vocale.

En symbiose avec la musique (dirigée par Fabio Luisi, qui succède à James Levine), il y avait le jeu, les déplacements, l'interaction entre les interprètes, et surtout la gestuelle et la mobilité expressive de leurs traits. Les critiques, assis dans la salle à bonne distance de la scène, n'ont pas pu observer en gros plan, comme nous au cinéma, les mouvements des yeux, les petits gestes, les mimiques des chanteurs, et en l'occurrence, c'est là que se jouait le drame. Le petit soupir de Don Ottavio (Ramon Vargas, excellent chanteur lui aussi) quand Donna Anna remet leur mariage à plus tard pour une énième fois, et le regard entendu qu'il jette vers l'assistance comme pour dire "il fallait bien s'y attendre": savoureux.

Les duels d'expressions et de regards entre Don Giovanni et Leporello: visages, visages. Micro-échanges visibles seulement au cinéma, en plans rapprochés. C'était magnifique.

Un merveilleux samedi après-midi. (En revanche, je ne suis pas allée voir Siegfried, la semaine suivante).